La délibération, proposant à l’Etat de fixer le référendum au 4 novembre 2018, a été votée lundi par les seuls élus indépendantistes et nationalistes de Calédonie ensemble. Sauf qu’avec la date figurait aussi un exposé des motifs aux relents de repentance coloniale, qui fait toujours débat et auquel tous les loyalistes du Congrès (Républicains calédoniens, Rassemblement, MPC) se sont opposés.

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 3/5 pour les indépendantistes et Gomès. – Il fallait recueillir les 3/5 pour entériner et la date du référendum et son exposé des motifs : Philippe Gomès les a obtenus ! En additionnant les voix nationalistes de Calédonie ensemble à celles des indépendantistes, il fait valider par 38 élus du boulevard Vauban sa réécriture du Préambule de l’Accord de Nouméa.

Les loyalistes minoritaires. – En revanche, et pour la première fois « les nationalistes et les indépendantistes réunis pour signer ce texte, auront mis en minorité les loyalistes, pourtant majoritaires au sein de la population calédonienne », comme l’observe Sonia Backes, la présidente des Républicains calédoniens.

Tout ça pour une date ! – Tous les groupes politiques étaient pourtant d’accord pour fixer la date du référendum au dimanche 4 novembre prochain. Alors, fallait-il récrire un Préambule de l’Accord de Nouméa, plus confiné encore dans la repentance coloniale, ne plus respecter l’équilibre entre « les ombres et les lumières » pour asseoir la délibération ?

Les souverainistes masqués. – « Absolument pas, répondent unanimes d’éminents professeurs de droit locaux, pour fixer la date du référendum, il suffisait a minima de préciser dans l’exposé des motifs que le 4 novembre est le lendemain du 3 novembre et la veille du 5 ! Le reste n’est que fioriture, sans véritable portée légale. » Sauf, pour Philippe Gomès à asseoir, non pas la délibération, mais sa majorité de souverainistes…

Merci disent l’UC et le Palika. – Les indépendantistes ne s’y sont pas trompés d’ailleurs, lorsque Sylvain Pabouty qualifie l’exposé des motifs écrits par le leader de Calédonie ensemble de « Trop joli, trop gentil pour nous ! ». Evidemment, renchérit Jacques Lalié, pour justifier la prose de Philippe Gomès, « On ne peut pas fixer une date de référendum sans un contexte politique. Le 4 novembre est une date historique, c’est une page importante pour nous ». Aussi, « Crispés, l’UC et le Palika, doivent évidemment demander plus que ce que leur offre leur allié nationaliste, et s’arcbouteront encore plus dans les commissions de révision des listes électorales », pour exclure les non-kanak, explique Philippe Blaise. Beau résultat, en vérité !

Comme un nouveau Congrès. – Aussi, lundi après-midi, un nouveau Congrès s’est dessiné dans les travées des élus, où le président de l’institution Thierry Santa avait pris place, à la fois pour échapper au perchoir, lors d’une séance peu gratifiante, mais aussi pour répondre à Calédonie ensemble. Soit dit en passant ses alliés de la plateforme, qui prend l’eau de toute part, mais croit encore tenir la mer… Ses alliés plateformistes, qui l’ont traité, par la voix de son propre chef de groupe, « soit de menteur, soit d’irresponsable, soit des deux »… Pas beau, certes ! Mais surtout, à ne plus rien y comprendre sur le positionnement schizophrénique du Rassemblement. Comme ironise un élu indépendantiste égaré dans la salle des pas perdus : « La plateforme, c’est un peu le Kea Trader de la politique ! ».

Le Congrès ne représente plus l’opinion. – Reste que le nouveau Congrès est inquiétant : car en décalage total avec la physionomie politique actuelle et le rapport de force entre indépendantistes et non-indépendantistes. Désormais, on y trouve : d’un côté les nationalistes et indépendantistes majoritaire en voix et de l’autre les loyalistes, minoritaires boulevard Vauban, mais pas dans les urnes. Conclusion logique : si le Congrès a tant changé en quelques mois, c’est que certains ont trahi le mandat de leurs électeurs, loyalistes. Cherchez qui… En effet, « Le patriotisme c’est l’amour des siens. Le nationalisme c’est la haine des autres, disait Romain Gary. Nous sommes patriotes. Vous êtes nationalistes. C’est là toute la différence », résume d’un trait Sonia Backes.

Dévoiement de l’Accord de Nouméa. – La présidente des Républicains s’adresse au député Philippe Gomès, pour lui signifier qu’à 8 jour de l’ouverture du prochain Comité des signataires, il se lance dans « un périlleux exercice de réécriture de l’Histoire de la Nouvelle-Calédonie. Là où les signataires historiques de l’Accord ont pesé de toute leur sagesse pour imprimer tempérance et justesse à un Préambule, reconnu par tous, vous cherchez à imposer unilatéralement votre version de l’histoire, à travers l’exposé des motifs d’une pauvre petite délibération proposant de fixer la date du référendum ».

Trahison des loyalistes. – Et Sonia Backes d’enfoncer le clou : « Ainsi donc, à sept mois du référendum de sortie, vous trahissez non seulement l’esprit et la lettre de l’Accord de paix, mais aussi vos électeurs loyalistes qui –lorsqu’ils ont voté pour vous – voyaient en vous un loyal représentant de la nation, capable de les défendre. Non pas le chantre d’un obscur nationalisme, qui vous anime aujourd’hui ».

(Photo DNC)

(Photo DNC)

Triste fin. – Conclusion logique : « Les Républicains calédoniens en prennent acte et date. Mais ne seront ni dupes, ni complices. Cette manipulation de boutiquier, vous la ferez sans nous. Cette trahison, vous l’assumerez seul ! ». Tous les loyalistes du Congrès voteront pour l’article proposant la date. Tous les loyalistes du Congrès voteront contre la délibération et sa réécriture de l’histoire par Philippe Gomès. Mais ils seront minoritaires.

L.N

Aucun signataire loyaliste ne soutient le « Préambule Gomès »

Aucun des Cinq signataires loyalistes de l’Accord de Nouméa n’a voulu soutenir l’exposé des motifs de Philippe Gomès : « Cela devrait vous poser question, Monsieur le Député, a claqué Sonia Backes. Au lieu d’avancer à marche forcée en considérant que vous seul êtes éclairé, vous devriez vous poser une question : pourquoi est-ce le cas ? » Et d’ajouter : « On ne peut pas accuser Jean Lèques ou Simon Loueckhote de préparer 2019 ! Mais c’est vrai, qu’à Calédonie Ensemble point de signataires, capables de rappeler l’histoire et les équilibres de l’accord de Nouméa.  Alors l’histoire vous la réinventez à votre manière ».

Les phrases de l’exposé qui font mal…

  • Dans l’exposé des motifs signé Philippe Gomès, on peut notamment lire : « La colonisation portait en elle la négation de l’identité kanak, dont les populations furent pour certaines déplacées, pour d’autres décimées, ce qui a failli conduire à leur disparition au début du XXe siècle. » Décimer = tuer un sur dix, dit le Larousse. Ce qui a des allures de génocides, démenties par l’histoire.
  • « Mais ce choc de civilisation ne laissa pas indemne le peuple Kanak, qui s’insurgea dès 1878 et tout au long du XXe siècle, jusqu’aux « Evènements » des années 80. » Faux, certainement pas tout au long du XXe siècle. Et la revendication indépendantiste n’apparaît qu’avec les années 1970 ; avant on parle d’autonomie et la France est la « mère patrie ».
  • « Le droit à l’autodétermination, droit consubstantiel à la décolonisation, poteau central du processus, a été reconnu aux Calédoniens faisant partie du corps électoral référendaire, constituant un peuple calédonien, pour les uns et une population calédonienne intéressée, pour les autres ». Celui qui comprend vraiment appelle la rédaction !
  • « Si une majorité de la population intéressée choisit de demeurer au sein de la République française, la Nouvelle-Calédonie restera inscrite sur la liste des territoires à décoloniser de l’ONU, le droit à l’autodétermination continuant à s’exercer. » Seule façon de quitter la liste des territoires à décoloniser : accepter l’indépendance ! C’est court.

Le dialogue n’est pas rompu !

Accusés par Calédonie ensemble de vouloir rompre le dialogue avec les indépendantistes, les loyalistes répondent unanimement qu’il ne s’est jamais interrompu, même dans les pires moments. Avec ou sans G 10 à la mission obscure. Grégoire Bernut, des Républicains calédoniens, répond encore plus précisément à la question sur NC 1ère, en indiquant que les discussions entre loyalistes et indépendantistes ont un cadre et que celui-ci se nomme « Comité des signataires ». Le prochain se tiendra le 27 mars à Matignon, sous l’égide du Premier ministre : « Le cadre normal et reconnu par tous pour évoquer les avancées et les suites de l’Accord de Nouméa », poursuit Grégoire Bernut.