Emmanuel Macron a reçu les délégations calédoniennes début de semaine à l’Elysée, en prélude au Comité des signataires. Mais à huis clos. Se sentant, selon sa formule, « co-dépositaire de l’Accord de Nouméa », le Chef de l’Etat voulait « entendre les craintes et les espoirs des Calédoniens pour s’imprégner du dossier ». S’exprimant au nom des Républicains calédoniens, Sonia Backes a présenté l’état des lieux d’une Calédonie avant référendum et ses…espoirs. Extraits.

(Photo AFP/DNC)

(Photo AFP/DNC)

Une première. –  S’adressant au Président de la République et au Premier ministre, qu’elle venait de rencontrer en tête à tête, la chef de file des Républicains calédoniens avoue : « Je n’ai pas 30 ans de recul mais il me semble que c’est la première fois que les groupes politiques peuvent s’exprimer devant le Président de la République. Nous y sommes particulièrement sensibles ».

Petite mise au point. – « Permettez-moi de ne pas seulement m’adresser à vous, glisse d’emblée Sonia Backes, mais aussi à tous mes collègues présents autour de la table. Je crois en effet, que nous avons une fâcheuse tendance à ne nous adresser qu’à vous, comme si nous attendions tout de l’Etat, comme si tout dépendait de vous. En oubliant que nous sommes les premiers responsables… » Une petite boutade à l’adresse des plateformistes : attentifs dans les salons de l’Elysée, sourds à la discussion à Nouméa.

Jeunesse. – « Je suis la plus jeune à prendre la parole devant vous aujourd’hui. Je ne voudrais pas en faire ni une vertu, ni un argument, encore que cela puisse compter dans un territoire où les moins de 30 ans constituent encore plus de 45% de la population. Cette génération n’est pas responsable de la colonisation, pas plus que des exactions qui ont pu se produire vis-à-vis de telle ou telle communauté, elle n’a pas vécu les évènements… Elle souhaite faire table rase de ce qui nous a opposé, pour aller de l’avant dans la paix pour un avenir partagé et prospère ».

Difficultés. – « Je ne les nie pas, je ne les mésestime pas, mais j’aimerais former devant vous aujourd’hui, le vœu que nous soyons capables dans les prochains mois, dans les prochaines années de changer la perception que Paris a de notre territoire. Que nous passions de la peur incessante du retour des violences encore trop souvent entretenue par certains, à la fierté de ce petit morceau de France des antipodes ».

Référendum de 2018. – « Il doit être un moment de vérité et de sincérité, un rendez-vous incontestable et incontesté, la fondation des relations durables de la Nouvelle-Calédonie au sein de la France. Le référendum, expression légitime de la volonté des calédoniens doit être le juge de paix entre les deux projets de société qui seront proposés. Un moment trop rare depuis 1988, où la Calédonie se regarde en face, sans le filtre partisan, ce miroir déformant dont abusent les responsables et les appareils politiques. Un moment dans lequel chacun a sa place, chacun respecte la parole de l’autre, mais où tous devront respecter le soir du scrutin, la voix de la majorité. Une majorité sereine, ni arrogante, ni honteuse, ni coupable de l’avoir emporté, une majorité claire et sans équivoque ».

Corps électoral. – « Juste et accepté par tous ! Il faut que toutes les parties prenantes respectent la voix des calédoniens, car sans démocratie il n’y a plus de liberté. Nous devons tous, collectivement, nous montrer à la hauteur de ce moment historique ».

Statut de la Nouvelle-Calédonie. – « Il devra être durable pour redonner des perspectives à nos entreprises et à notre jeunesse et s’inscrire dans la République et renouer des liens qui ont été distendus par 30 ans d’attentisme institutionnel et de solution transitoire. Il n’est pas question d’un retour en arrière et la large autonomie acquise désormais s’imposera comme principe essentiel compte tenu de notre histoire particulière. Il n’est pas non plus question de réparer les injustices du passé en créant de nouvelles injustices. Je pense notamment à la citoyenneté Calédonienne qui devra être redéfinie pour permettre à ceux qui en sont exclus depuis trop longtemps de retrouver leurs droits. ».

Institutions locales. – « Si elles ont permis le développement de la Nouvelle-Calédonie et le partage des responsabilités, elles sont aujourd’hui usées et à bout de souffle s’agissant de leur fonctionnement comme de leur financement ».

Nickel. – « La France pourra également être fière de la Nouvelle-Calédonie si nous sommes capables de regarder en face les forces et les faiblesses de notre stratégie industrielle. Ce qui se passe au niveau mondial en termes de transition énergétique nous impose une profonde remise en question en matière de gestion de la ressource Nickel. Comment imaginer que notre territoire qui dispose de 25% des ressources mondiales laisse ses trois usines sans visibilité à court ou moyen terme, sans stratégie globale, sans réelle politique industrielle ».

Sécurité. – « Nous ne pouvons pas accepter qu’en Nouvelle-Calédonie les statistiques en matière de délinquance des mineurs, de mortalité routière ou de cambriolages soient si élevées. Il faut donc avoir le courage, collectivement, de prendre des décisions pour mettre un terme à cette délinquance ordinaire qui progresse en toute impunité. On paye ici des années de laxisme et de culture de l’excuse ou de manipulation statistique pour dresser un portrait plus gris que noir de la situation locale. Il est urgent de reprendre le contrôle de la situation à la veille de la consultation d’autodétermination dont le déroulement et les résultats ne doivent pas être parasités par le sujet de l’insécurité ».