A pied d’œuvre dès samedi matin, le Premier ministre Edouard Philippe partira à la découverte d’un territoire qu’il ne connait pas, mais auquel il a déjà prouvé son attachement sinon son intérêt, au travers de son implication personnelle pour la réussite du dernier Comité des signataires. Dans le même temps, il devra convaincre ses interlocuteurs et confirmer que les engagements pris à Paris restent valables en Calédonie.

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Primeur au Congrès. – De tous bords on prévient et on souligne : « Il ne faut pas s’attendre à des effets d’annonce ou des nouveautés fracassantes ! ». Edouard Philippe vient avant tout en éclaireur du Président Macron, attendu l’an prochain sur le territoire. L’avis rendu à la quasi-unanimité sur son projet de révision de la Loi organique le conduira certainement à livrer en primeur aux élus du Congrès la dernière mouture du texte, qui tiendra compte, à n’en pas douter, de leurs observations. Ce serait un grand pas dans le processus organisationnel, qui nous entrainera au référendum d’autodétermination. Dans moins d’un an maintenant.

Terrain miné côté indépendantiste. – Mais Edouard Philippe arrive aussi en terrain miné. Miné, d’abord par les déclarations de Daniel Goa, lors du dernier congrès de l’UC et avant sa réélection à la tête du plus vieux parti calédonien. Absent du Comité des signataires, il avait asséné devant les 200 congressistes, « que les kanak pourraient ne plus être engagés par leur parole après le référendum ». Plus engagés par la parole de Jean-Marie Tjibaou à Matignon en 1988, plus engagés par celle de Roch Wamytan à Nouméa, 10 ans plus tard ! En interne, les propos avaient secoué. Mais si mises au point il y a eu, elles se sont faites en coulisses et loin des micros.

Des éclaircissements, svp ! – Pour autant la secousse a été ressentie jusqu’à Matignon. Et le Premier ministre le fait savoir par ses réseaux : « Edouard Philippe veut des éclaircissements sur cette phrase et savoir qui en partage l’analyse. ». Certainement pas le signataire Roch Wamytan ! Dans une moindre mesure, Matignon, qui veut faire du référendum de 2018 un « sans-faute total », s’inquiète aussi des récentes « options de boycott », évoquées par Louis Kotra Uregei, le patron des Travaillistes, le week-end dernier. Provocation ou désir d’être mieux entendu du Premier ministre, qui n’avait pas invité cette formation politique à Paris ?

Terrain miné côté Gomès. – Le séjour calédonien d’Edouard Philippe sera ensuite miné par les récentes déclarations « souverainistes » de Philippe Gomès, appelant ses partenaires à s’engager (avant même le référendum de 2018) sur la voie de « la calédonisation et le partage des compétences régaliennes : police, défense, justice et monnaie avec la création d’une mini banque centrale calédonienne ». Dans le verbe c’est un petit pas vers l’indépendance-association, dans l’esprit du Palika qui a soufflé l’idée au député de la deuxième circonscription, ce petit pas « sera irréversible ». Et l’on comprend parfaitement ce que cela veut dire ! Mais telle était l’une des monnaies d’échange, prévue pour débloquer la situation au gouvernement. C’est-à-dire faire élire le Calédonie ensemble, Philippe Germain, à la tête de l’Exécutif. C’est maintenant chose faite. Et ceci in extremis, mais avant la venue du Premier ministre !

Polémique sur le fameux article 27. – On le comprend et c’est chaque fois le cas lorsqu’un Premier ministre se déplace en Calédonie. Plus encore, s’il doit être suivi du Chef de l’Etat, dont il est proche par définition : les entretiens les plus importants se tiendront en off, comme disent les journalistes, soit hors programme et sans compte rendu. Ainsi, les indépendantistes évoqueront bien évidemment avec Edouard Philippe le transfert de l’article 27 et donc de « l’autocontrôle des élus par eux-mêmes », auquel Philippe Gomès (et donc la plateforme ? C’est moins sûr !) adhèrent. L’Accord de Nouméa dit ce transfert optionnel. De plus en plus certains font comme s’il allait de droit, avant le référendum. On a connu pareil glissement sémantique avec, précisément, le gel du corps électoral !

Très attendu… – Enfin, on en parle peu au regard des spécificités institutionnelles qui imposent leur timing aux discussions : mais le Premier ministre ne pourra faire l’impasse sur la situation économique du territoire qui continue à se dégrader, celle des comptes sociaux qui effraye les partenaires sociaux… Or ce n’est pas l’élection d’un président du gouvernement (surtout s’il s’agit du même depuis 2015 !) qui inversera la tendance. Sur ce thème aussi, Edouard Philippe sera « très attendu » ces jours-ci… En clair et pour lui, ce ne sera pas un voyage des plus reposants, malgré un Comité des signataires qu’il a contribué à rendre « exemplaire ».

M.Sp

Un programme complet

Edouard Philippe arrivera à Tontouta ce vendredi 1er décembre et, fait assez rare, le Premier ministre restera quatre jours pleins sur le territoire, comme promis lors du dernier Comité des signataires il y un mois exactement. C’est son premier séjour en Nouvelle-Calédonie, « Une terre qu’il souhaite mieux comprendre de l’intérieur en s’entretenant avec tous les acteurs du destin commun », selon sa formule exprimée depuis Matignon. A son programme, c’est classique, des étapes dans les trois provinces : à Nouméa (samedi), Koné et l’usine du Nord, Koumac avec une visite aux engagés du Service militaire adapté (dimanche), Lifou et un hommage au tirailleur kanak Kalepo Wabete à Tiga. Hommage aussi aux pères des Accords avec des moments de recueillement au cimetière du PK5 sur la tombe de Jacques Lafleur (samedi 2 décembre) et à Tiendanite, sur celle de Jean-Marie Tjibaou (dimanche 3 décembre). Outre les visites protocolaires aux institutions calédoniennes et les entretiens bilatéraux, parfois plus discrets, le temps fort du déplacement du Premier ministre devrait être son discours devant les élus du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, mardi 5 décembre en matinée, boulevard Vauban.

Ils accompagnent le Premier ministre

Le Premier ministre est accompagné de trois membres de son gouvernement pour ce déplacement en Nouvelle-Calédonie. Il s’agit d’Annick Girardin, ministre des Outre-mer, bien sûr. De Nicole Belloubet, ministre de la Justice et de Sébastien Lecornu, secrétaire d’Etat à la Transition écologique et solidaire.